En ce premier samedi de février, d’étranges mélodies se faisaient entendre au 123 boulevard Louis Blanc. Dans le cadre du Festival InOuïe organisé par l’espace de création contemporaine « La Gaterie », nous accueillions un atelier « Glitch / Circuit-Bending ».

« Glitch » et « circuit- quoi ? »

Cela ne vous dit sans doute pas grand-chose et c’est tout à fait normal. C’est le genre d’intitulé qui nous invite fortement à aller faire quelques recherches dans les entrailles Internet pour en savoir plus. On vous épargne cette étape : « Glitch », signifie « défaillance » et « Circuit-Bending », « court-circuit ». La thématique commence sans doute à vous faire peur, mais rassurez-vous, aucun mort ou blessé n’est à déplorer dans ce genre d’atelier. Ici, pas question de s’électrocuter, mais plutôt de s’amuser !

Une pratique ludique qui ne date pas d’hier

Ses racines remontent à 1966 aux États-Unis, quand un jouet de Reed Ghazala, stocké dans un tiroir métallique, commence à faire d’étranges bruits. Intrigué, l’homme commence alors à le démonter et y ajoute des boutons, variateurs et capteurs de toutes sortes pour en faire sortir de nouveaux sons. Le circuit-bending est né.

La pratique s’est peu à peu étendue au reste du globe. Certains groupes de musique célèbres comme les Allemands Kraftwerk ont d’ailleurs poussé la démarche jusqu’à utiliser des calculatrices bidouillées de la sorte en live.

Pour clore le Festival Inouïe samedi soir, à La Roche-sur-Yon, c’était les Siren’s Carcass qui se produisaient à la salle de concert locale du Fuzz’ Yon, accompagnées de quelques GameBoy et pianos multicolores pour les moins de 3-6 ans en guise d’instruments de musique.

Quand Rurart vient faire un tour en Vendée.

Aux commandes de cet atelier, nous pouvions compter sur les talents d’animation de Vincent et Nicolas, tout droit venus du centre d’art contemporain Rurart qui opère aux alentours de Poitiers.

Nos deux amis ne sont pas venus les mains vides. Leurs valises bien organisées débordaient de jouets bidouillés, fers à souder et composants électroniques en tous genres.

Retroussage de manches et premières expérimentations

Après une rapide revue de la pratique, cinq de nos jeunes zBissiens : Victor, Marius, David, Maxime et Marceau se mettaient à l’oeuvre à l’aide d’un de leurs jouets électroniques apporté pour l’occasion et qui trainait au grenier depuis quelques années.

Le mode opératoire est le même, ou presque, pour tout le monde.

Chacun commence par démonter délicatement son jouet tout en prenant photos et notes qui serviront à le remonter par la suite. L’opération à coeur ouvert nous laisse vite entrevoir les circuits imprimés bien ordonnés de nos jouets.

Vient alors la phase d’expérimentation tactile : après avoir mouillé nos doigts à l’aide d’éponges, on touche le circuit tout en faisant fonctionner le jeu. La faible intensité qui passe dans le circuit nous garantit une manipulation sans risques. Très vite, nos cinq jeunes explorateurs s’aperçoivent que toucher quelques composants provoque des variations étrangères au fonctionnement originel du jeu : ils vient de créer un court-circuit !

Le fer à souder – une découverte pour certains – devient alors notre meilleur ami. Ce dernier nous permet d’enlever les composants sur le circuit qui déclenchent la distorsion sonore quand on les touche. On les remplace alors par un interrupteur ou un variateur soudé en parallèle et le tour est joué.

Ne reste plus qu’à percer un trou dans le boîtier du jeu pour y faire passer nos boutons avant de remonter le tout et d’apprécier le résultat final. Pas sorcier n’est-ce pas ?

Derrière le jeu : des valeurs qui font sens avec nos activités

Cet atelier nous parlait beaucoup car, au-delà de l’originalité de la thématique, on y retrouvait bon nombre de nos valeurs. Le mot « Hack » retrouve ici ses lettres de noblesse. Trop souvent confondu avec le pirate, le hack ou hacker aime détourner ou « augmenter » un objet du quotidien sans visée négative ou causant des dégâts à autrui comme c’est souvent le cas pour le pirate.

Démonter, modifier et remonter un objet permet de mieux comprendre son fonctionnement. Ici, cette pratique nous permettrait presque de renouer avec l’interface des premiers synthétiseurs analogiques proposés sur le marché, comme le Moog Modular, qui comportait de nombreux boutons dans le genre.

C’est aussi le moyen de se rendre compte des bienfaits de l’Open-Hardware ou matériel libre : une licence qui invite les fabricants à partager leurs plans de montage pour favoriser la diffusion, la réparabilité, et l’amélioration de leurs produits.

D’utilisateur à co-créateur et acteur de son jeu

Un peu à la manière des jeux de construction comme les Duplo, Lego, Mécano, Kapla ou plus récemment le jeu-vidéo Minecraft que les jeunes parents connaissent sûrement, on surfe ici sur l’appropriation d’un jeu ou plutôt sa réappropriation en repoussant les limites d’usage qu’avait fixé son constructeur. Pourtant, rares sont les fabricants qui semblent apprécient ces explorations sonores. La miniaturisation des composants électroniques qui opère aussi sur les jouets rend d’ailleurs ces expérimentations parfois plus fastidieuses mais la pratique a encore de beaux jours devant-elle.

Vous avez quelques jouets qui dorment dans des cartons ? envie d’essayer le bending ? Parlez-nous en en commentaires !

La pratique est accessible dès 10 ans et séduira au moins autant si ce n’est plus, les générations précédentes.